Au-delà du terrain : Ce que la Coupe du monde peut apprendre au Canada sur le sport en tant que droit humain

La Coupe du monde est toujours synonyme de moments inoubliables de triomphe et de défaite. Maintenant que le tournoi est terminé, nous souhaitons nous pencher sur une autre forme de victoire : la manière dont les différentes juridictions à travers le monde reconnaissent l’accès au sport et à la pratique sportive, protègent les droits dans le sport et utilisent le sport pour promouvoir les droits humains en général.

Chez Play for Dignity, c’est le cœur de notre travail. Tout au long du tournoi, nous avons effectué une visite virtuelle de sept pays présentés dans notre série sur la Coupe du monde afin d’examiner ce qu’ils ont officiellement reconnu, comment ils mettent ces engagements en pratique et ce que le Canada peut en apprendre.

Écosse:

La plupart des pays célèbrent leurs athlètes ; rares sont ceux qui consignent par écrit leurs engagements envers les enfants qui pourraient un jour suivre leurs traces. En 2024, l'Écosse est devenue la première nation développée du Royaume-Uni à intégrer la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant dans son droit interne. Depuis le 16 juillet 2024, les autorités publiques agissant en vertu des pouvoirs conférés par les lois du Parlement écossais ou par la common law sont tenues de respecter les exigences de la CIDE. Cette mesure juridique contraignante s'inscrit dans le prolongement d'un engagement politique antérieur. La stratégie nationale écossaise pour le jeu de 2013 fixait comme objectif un jeu varié, aventureux et stimulant, reconnaissant l'importance du jeu libre et spontané dans le développement de l'enfant. L'Écosse illustre ainsi deux dimensions distinctes mais complémentaires : un cadre contraignant relatif aux droits de l'enfant et une politique nationale visant à garantir l'accès quotidien des enfants au jeu.

Japon:

Le Japon reconnaît explicitement le sport comme un droit fondamental, l'ancrant dans la vie communautaire et le bien-être quotidien. Sa loi fondamentale sur le sport de 2011 stipule que « vivre une vie heureuse et prospère grâce au sport est un droit fondamental ». L'article 2 garantit à chacun la possibilité de pratiquer une activité sportive de manière volontaire et autonome tout au long de sa vie, tandis que le préambule décrit le sport comme une culture humaine universellement partagée. Les amendements entrés en vigueur en 2025 ont renforcé cette loi, en renforçant expressément le droit au sport par des dispositions relatives à l'égalité des chances, la sécurité, la responsabilité et le règlement équitable des litiges. Radio Taiso illustre parfaitement comment l'activité physique peut s'intégrer au quotidien. Diffusée pour la première fois en 1928 et toujours écoutée chaque matin à 6h30, cette émission de gymnastique accessible à tous continue de rassembler des millions de personnes dans les parcs, les écoles, les lieux de travail et les foyers. Le sport y est un acte quotidien d'appartenance, liant bien-être individuel et vie communautaire. Radio Taiso ne permet toutefois pas, à elle seule, de conclure à l'égalité d'accès à ce droit fondamental pour tous. Cela illustre cependant comment l'activité physique peut devenir une composante accessible et partagée de la culture d'un pays.

Cap-Vert :

Plus petit pays du tournoi, le Cap-Vert a la particularité d'inscrire le sport directement dans sa Constitution. L'article 80 reconnaît explicitement le droit de chacun à la culture physique et au sport. Il confère également aux pouvoirs publics des responsabilités, notamment la collaboration avec les associations, les écoles, les organisations sportives et d'autres acteurs pour soutenir la pratique sportive et développer les infrastructures. Une loi-cadre de 2017 a intégré les principes d'universalité, d'égalité, de coordination, d'éthique et de transparence au système sportif du pays. Cette combinaison – un droit constitutionnel assorti d'obligations publiques et de règles de mise en œuvre – illustre la nécessité d'envisager conjointement la reconnaissance et la mise en œuvre. Un droit peut être inscrit dans le texte ; ce sont les responsables, les institutions et les mécanismes de responsabilisation qui déterminent si les titulaires de droits (nous tous) peuvent réellement en bénéficier.

Brésil:

L'histoire du sport au Brésil évolue du droit de participer à la pratique sportive aux droits au sein même du sport. La génération de Pelé évoluait sous le système du « passe », qui pouvait maintenir les footballeurs professionnels liés à leurs clubs même après la fin de leurs contrats. La loi Pelé de 1998, élaborée alors que Pelé était ministre des Sports, abolit ce système en liant l'inscription sportive du joueur à sa relation de travail. À la fin du contrat, le lien sportif prend fin. Cette loi a offert aux joueurs une plus grande liberté de négociation avec d'autres clubs et a rapproché leur traitement de celui des autres travailleurs. La leçon à retenir est que la dimension des droits humains dans le sport ne se limite pas à l'accès au terrain. Elle englobe également les droits du travail, la liberté et la dignité des personnes dont le travail fait vivre le sport.

Mexique:

Le Mexique inscrit le droit au sport directement dans sa Constitution. L'article 4 stipule désormais que toute personne a droit à la culture physique et à la pratique sportive, un droit officialisé par une réforme constitutionnelle de 2011. Une loi ultérieure, la Ley General de Cultura Física y Deporte (2013), a mis ce droit en œuvre, en confiant la responsabilité de sa mise en œuvre à la fois au gouvernement fédéral (via la CONADE), aux gouvernements des États, aux municipalités, aux autorités territoriales de Mexico et aux acteurs des secteurs social et privé. À l'échelle locale, le programme Ponte Pila de Mexico illustre cette mise en œuvre en proposant des activités physiques communautaires gratuites dans les espaces publics de la capitale. Il s'agit d'une initiative de la ville de Mexico, et non d'un programme national de la CONADE, qui montre comment un droit reconnu au niveau national peut être mis en œuvre localement. Par ailleurs, l'article 60 de la Ley General de los Derechos de Niñas, Niños y Adolescentes garantit aux enfants le droit au repos, aux loisirs, au jeu et aux activités adaptées à leur âge, ainsi que la liberté de participer à des activités culturelles, sportives et artistiques. Elle va plus loin et identifie les personnes responsables de son respect, notamment celles qui élèvent un enfant, et pas seulement l'État. Il est important de souligner que ces droits doivent être protégés contre toute atteinte liée au travail, aux études ou à la discipline qui pourrait les compromettre.

Espagne:

L'Espagne propose une autre voie vers un sport fondé sur les droits, ancrée dans la loi. Sa Constitution de 1978 considérait le sport comme une responsabilité des pouvoirs publics, mais la nouvelle loi 39/2022 du sport en a fait un droit légal pour toute personne de pratiquer une activité physique et sportive. Le système est décentralisé : les responsabilités sont réparties entre l'État, les 17 communautés autonomes et les municipalités, qui gèrent environ 93 % des infrastructures sportives. Le Conseil supérieur des sports (Consejo Superior de Deportes), instance centrale du sport, coordonne les efforts au sein de cet écosystème. Les résultats sont visibles dans la participation, qui a atteint 62,7 % de la population en 2024/25, l'écart entre les sexes passant de 12,3 points en 2015 à 6,7. La force de cette loi réside en grande partie dans la protection des femmes : les clauses contractuelles autorisant la rupture du contrat en cas de grossesse sont nulles, les fédérations doivent adopter des protocoles contre le harcèlement, et les événements organisés, commandités ou financés par les pouvoirs publics doivent garantir l'égalité des prix entre les femmes et les hommes. Les droits des personnes LGBTQIA+ sont également inscrits dans la loi, notamment la protection de la vie privée des mineurs transgenres et intersexes. L'Espagne montre comment un droit de participation légal peut s'accompagner de protections spécifiques en matière d'égalité, de dignité et de sécurité dans le sport.

Norvège:

La Norvège est un véritable foyer de joie, où le plaisir du sport pour les enfants est délibérément privilégié par rapport à la simple victoire. Elle constitue également un exemple éloquent de la complémentarité des différents niveaux de reconnaissance des droits. Au niveau du droit national, la Norvège a intégré la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant en 2003. Cette Convention s'applique en droit norvégien et prévaut en cas de conflit avec d'autres législations. C'est notamment le cas de l'article 31, qui reconnaît à chaque enfant le droit au repos, aux loisirs, au jeu, à la récréation et à la participation à la vie culturelle. La Norvège dispose donc d'un droit juridiquement reconnu, mais il s'agit d'un droit spécifique aux enfants, et non d'un droit national universel au sport pour tous. Compte tenu de son impact sur la vie et la culture norvégiennes, l'effet concret est que, une fois les opportunités garanties aux plus vulnérables, elles le restent malgré le vieillissement de la population. Dans le sport organisé, le Comité olympique et paralympique norvégien et la Confédération des sports ont traduit les principes relatifs aux droits de l'enfant en règles sectorielles contraignantes pour leurs organisations affiliées. Les enfants bénéficient de huit droits fondamentaux, dont le droit à la sécurité, à l'amitié et au plaisir, à la participation aux décisions, à un développement à leur propre rythme et à la liberté de choisir les sports qu'ils pratiquent et le nombre qu'ils pratiquent. Le règlement des compétitions autorise les classements dès l'âge de 11 ans et interdit les championnats de Norvège, d'Europe et du monde jusqu'à l'âge de 12 ans. Les fédérations sportives sont tenues d'établir des sanctions en cas d'infraction, même s'il n'existe pas de sanction unique applicable à tous les sports. Un engagement conjoint distinct, impliquant le gouvernement, les municipalités et les organisations bénévoles, vise à offrir à chaque enfant la possibilité de participer régulièrement à au moins une activité de loisirs organisée, quelles que soient les circonstances familiales. L'enseignement norvégien ne se limite pas à l'idée que les enfants doivent jouer pour le plaisir. Il démontre que la reconnaissance légale, des règles sectorielles applicables, des engagements d'accès et des mécanismes de responsabilisation peuvent se renforcer mutuellement pour permettre aux enfants de vivre pleinement leurs droits. 

Vous pouvez retrouver tous les reportages consacrés à notre pays sur notre page Instagram

Ramener le mouvement au Canada

Tout au long de cette Coupe du monde, nous avons constaté qu'il n'existe pas de solution unique pour un sport fondé sur les droits. Certains pays établissent des droits constitutionnels ou législatifs explicites. D'autres s'appuient sur l'intégration des droits internationaux, des devoirs publics, des politiques nationales, des institutions indépendantes ou des règles contraignantes au sein du système sportif. 

La reconnaissance formelle est importante, mais insuffisante à elle seule. Les droits ont plus de chances d'être effectifs lorsque les engagements s'appuient sur des politiques cohérentes, des programmes accessibles, des institutions compétentes, un financement durable, des mesures d'inclusion, la redevabilité et une évaluation publique. À l'inverse, une promesse constitutionnelle peut rester lettre morte si ces systèmes font défaut. 

Le Canada n’a pas besoin de copier un autre pays. Il peut s’inspirer des éléments les plus pertinents à travers le monde pour bâtir un système cohérent qui lui soit propre : un système qui élargit le droit de participer, protège les droits dans le sport et utilise le sport de façon responsable pour promouvoir les droits dans toute la société. 

Cela fait partie d'un mouvement mondial en pleine expansion, et vous y avez toute votre place.

Voici comment vous pouvez vous impliquer dès aujourd'hui :

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